Saint Vigor d'Ymonville

Superficie : 15 000 m²

Équipe : Laurent Gubellini,
Rémi Blondeau, Myriam Michel, Stéphane Leplus, Mélanie Demarest, Julien Boisson, Jimmy Mouchard, Mattias Levesque, Julie Delas, Anne-Loïse Manson, Maud Le-Saint-Allain, Gaëlle Nowik, Hélène Assémat, Antony Denaire (ANTEA), Florence Demarly, Elodie Lecher, Benoît Lagache, Alexandre Monnier, Alice Hanotte.
L'élargissement du front de taille d'une carrière de granulats a motivé une prescription archéologique sur le plateau de « la Mare des Mares » qui matérialise l'extrémité sud-ouest du Pays de Caux. Pour les mêmes raisons, plusieurs fouilles y ont eu lieu depuis le début du millénaire. Elles démontrent une occupation soutenue depuis l'époque du Néolithique Moyen, qui vît l'aménagement d'un éperon barré dominant l'estuaire de la Seine (la fouille a mis en évidence la présence d'une concentration ponctuelle de matériel lithique qui, bien que retrouvée en position secondaire, permet la restitution d'un pôle de la fin du Néolithique Ancien Normand à proximité immédiate). La pérennité de cette occupation humaine est attestée par la présence de petits bâtiments bordés de fossés qui, bien que lacunaires, sont datés de l'Âge du Bronze. La période laténienne est marquée par l'apparition d'un parcellaire régulier desservi par un réseau viaire. De petites nécropoles datées de La Tène C2/D1 le bordent. L'une d'entre elles a été retrouvée durant la tranche 4bis. Composée de
5 tombes, elle a montré un synchronisme certain avec celles fouillées les années précédentes. Caractéristique des tombes contemporaines retrouvées dans cette partie de la Seine-Maritime, elle comporte à l'occasion un coffrage dans lequel a été déposée l'urne, parfois complétée d'autres dotations céramiques, de fibules ou de nécessaires de toilette (rasoirs, pinces, couteaux) ou de quincaillerie (clés à loquet). L'occupation contemporaine n'a pas été retrouvée.
Une unité ago-pastorale fossoyée a, en revanche, été mise au jour à proximité (tranche 5). D'une superficie enclose de 3000 m2, elle est parfaitement intégrée au parcellaire protohistorique préexistant. Dès l'origine, soit durant La Tène D2, un fossé de partition sépare la partie habitat de la partie agro-pastorale. L'habitat est constitué d'un bâtiment quadrangulaire reposant sur de puissants poteaux. Des latrines et une cuve de décantation d'eaux pluviales la jouxtent. À l'opposé, une mare prend place au centre de la partie agricole. Dès cette
période, ce plan d'eau sépare les activités artisanales au sud, notamment celles liées au feu, d'une zone de stockage au nord incluant plusieurs bâtiments. Cette ferme va perdurer en évoluant progressivement : dès le Ier siècle de notre
ère, des bâtiments apparaissent au-delà des limites originelles, qui confirment la séparation des types d'activités.
L'habitat est reconstruit au même endroit à la fin du même siècle. Il est flanqué d'un cellier appareillé en silex et de deux greniers. Cette occupation culmine au
IIe siècle : les bâtiments des ailes latérales sont maintenant bien alignés. Une vaste cour libérée des mares les sépare. À l'opposé, vers l'ouest, un enclos médian de 4000 m2 vient littéralement se greffer à l'occupation. Il est manifestement dévolu au pacage du bétail. De par son aspect compartimenté et son organisation symétrique et rigoureuse, cette unité s'apparente désormais à une véritable villa. Elle sera pourtant rapidement abandonnée dès le début du IIIe siècle, au profit d'une autre occupation, mal caractérisée, se développant plus au sud, au-delà des limites de la prescription.