Gainneville - Maison d'Arrêt RN15

Superficie : 10 500 m²

Équipe : Myriam Michel, Julien Boisson, Mélanie Démarest, Sophie Pillault, Delphine Ravry, Anne-Loïse Manson, Alice Hanotte, Élodie Lecher.
Préalablement à un projet de construction d'une maison d'arrêt en bordure de la D 6015 (ancienne RN 15), à la limite entre les communes de Gainneville et Saint-Aubin-Routot (Seine-Maritime), un diagnostic a été réalisé en 2006 sous la direction de Mathieu Lançon (INRAP). Il a révélé la présence d'enclos et de fossés parcellaires datés de la fin de la protohistoire et de la période antique. Suite à la prescription du SRA, une fouille a été entreprise par la société Archéopole, durant l'été 2007.
La zone fouillée a livré les vestiges d'un établissement rural gaulois et gallo-romain, avec la succession de plusieurs enclos et systèmes parcellaires d'orientations légèrement différentes, datés de la fin de l'époque gauloise et des deux premiers siècles de notre ère. Ces enclos renferment de nombreuses fosses, deux silos, un four et quelques bâtiments sur poteaux, ainsi que divers fossés d'aménagements internes. Deux larges fossés parallèles traversent le sud du site, et peuvent être identifiés comme des fossés bordiers de chemin, datés de l'époque gallo-romaine. Les fossés ont livré peu de mobilier et les relations stratigraphiques existantes sont parfois difficiles à lire. C'est pourquoi l'attribution des fossés à l'une ou l'autre des phases d'occupation du site s'est faite essentiellement à partir des différences d'orientation.
Bien que le diagnostic ait livré dans certaines zones du mobilier daté de la période néolithique, la première occupation structurée du site se met en place dans le courant du premier siècle avant notre ère, au cours de la période de La Tène finale. Il s'agit d'un système parcellaire orienté nord-est/sud-ouest dans lequel s'inscrit un enclos quadrangulaire d'environ 9000 m² de superficie. Il livre un certain nombre de structures, et notamment quelques fossés qui pourraient constituer des aménagement internes destinés à la circulation du bétail (présence entre autre d'une petite zone enclose dans l'angle interne sud-ouest). Un petit grenier sur quatre poteaux, en bordure du fossé ouest de cet enclos, semble se rattacher à cette première occupation, de même qu'un possible silo. De plus, certains fossés découverts lors du diagnostic permettent d'envisager un extension sur plus de 400 m vers l’ouest du parcellaire autour de cet enclos.
Ce premier enclos est recoupé au nord par l'angle sud-ouest d'un second ensemble fossoyé, daté lui aussi de la fin de La Tène. Cet enclos, qui se développe sous la D 6015, est associé à deux fossés parallèles orientés vers le sud-est. Ceux-ci marquent probablement l'existence d'un chemin le desservant. Le tronçon sud de cet ensemble est recoupé par diverses structures, dont une fosse associée à un petit four et un petit bâtiment sur poteaux, tous rattachés à la période gallo-romaine.
La période antique voit se développer une troisième phase d'occupation avec la mise en place d'un nouveau parcellaire, légèrement décalé par rapport aux deux enclos précédents. Quatre parcelles ont pu être identifiées en couplant les données du diagnostic à celles de la fouille. Ces parcelles sont de forme quadrangulaire, de 80 m de coté. Elles se développent vers l'ouest sur une distance totale d'environ 300 m dans l'emprise du projet. Il ne semble pas y avoir de traces d'un développement vers l'est. La parcelle repérée sur l'emprise de la fouille livre notamment un four et sa fosse de rejet (cités ci-dessus), ainsi que deux bâtiments quadrangulaires sur poteaux couvrant 30 à 40 m² de superficie et livrant du mobilier antique (quelques tessons et fragments d'enduit non peint).
C'est très certainement à cette dernière occupation que se rattache un silo mis au jour au sein de cette parcelle, ainsi qu'un puits situé plus au sud, près de deux fossés bordiers orientés nord-est/sud-ouest et qui peuvent être suivis sur l'intégralité de l'emprise du projet. Ces deux structures marquent l’emplacement d'un axe de circulation secondaire. Aucune structure n'a été formellement identifiée dans l'intervalle de 4 m les séparant mais quelques traces pourraient attester de la présence d'ornières.
Cet ensemble parcellaire ainsi que ces fossés bordiers livrent un mobilier qui peut être rattaché à la période gallo-romaine. L’ensemble s’est vraisemblablement mis en place au cours du premier siècle de notre ère, pour se développer à la fin de ce siècle et durant le siècle suivant. L’abandon du site peut être daté de la fin du deuxième siècle de notre ère ou du tout début du troisième.
Ce site livre donc les vestiges d'une succession d'occupations allant du premier siècle avant notre ère au deuxième siècle de notre ère. Ces établissements à vocation agricole (présence de silos et de petits bâtiments sur poteaux) et probablement d'élevage (aménagements pour la circulation et le pacage des troupeaux ?) se sont succédés sur une courte durée. Si la première occupation montre une emprise assez large sur la zone, il est impossible actuellement d'évaluer l'ampleur des deux occupations suivantes, le site se développant au nord, au-delà de la D 6015.
Les indices éventuels de site néolithique mis au jour lors du diagnostic dans la zone nord de l'emprise n'ont pas été confirmés à la fouille. La fosse néolithique avait été entièrement sondée lors de la première opération, et les fosses alentours ont livré très peu de mobilier, celui-ci permettant a priori de les relier à l'occupation gauloise du site.
Il faut noter pour conclure la présence sur le site d'une piste desservant une base américaine des années 40 située juste à l'ouest de l'emprise. Elle se présente sous la forme d'une bande de terre mêlée de nombreux galets et mesurant de 80 cm à 1 m d'épaisseur. Cette piste et les fosses-dépotoirs qui la bordaient ont peu perturbé les vestiges archéologiques plus anciens. Certaines de ces fosses ont été testées (notamment les quelques fosses qui perturbaient des structures plus anciennes), et elles ont livré un certain nombre de déchets divers : bouteilles de cola, tubes de crème à raser, fragments de tôle...