Fleury-Sur-Orne

Superficie : 8 000 m²

Équipe : Mélanie Démarest,
Julien Boisson, Anne-Loïse Manson, Guillaume Marie, Pierre Mazure, Sophie Pillault, Arnaud Poirier, Delphine Ravry, Annabelle Dufournet, Corinne Vallar, Irène Béguier, Alice Hanotte, Alexandre Monnier, Myriam Michel.
Implantée au sud de la commune, cette zone a été explorée sur une superficie d’environ 8000 m² et a livré 441 structures. Son occupation s’insère au sein d’un établissement rural laténien plus vaste. L’ensemble se développe sur un axe nord-sud dont la parcelle ZL13 constitue la partie la plus septentrionale. Elle est structurée par deux enclos principaux et l’amorce d’un troisième qui se prolonge hors de l'emprise vers l’est.
Ces derniers organisent fortement l’espace et peu de structures ont été découvertes à l’extérieur. L'occupation se déroule sur une période longue, elle débute au cours de La Tène ancienne (fin du Ve – début du IVe siècle av. J.-C.) pour s'achever à la période de transition avec la période gallo-romaine (50/30 av. J.-C.).
L’occupation du site se divise en six grandes phases matérialisées par l'implantation et les différentes restructuration de ces enclos. L'occupation de La Tène ancienne se caractérise par l'utilisation du secteur comme zone d'extraction de loess. Dans un second temps, quelques indices résiduels (fibules et céramique) pourraient placer l'implantation de l'enclos 6 et de la nécropole à la fin de cette période et au début de La Tène moyenne. La troisième phase (La Tène moyenne/début de La Tène finale) correspond au fonctionnement des enclos 5 et 6 dans leur premier état. Cette période se caractérise par l'implantation et l'utilisation de structures de stockage de type caves boisées. Ces dernières se présentent sous la forme de fosses rectangulaires munies d'une entrée et prolongées à l'opposé par un étroit corridor, vraisemblablement utilisé comme système de ventilation. Ces structures correspondent à un modèle particulier bien connu dans la Plaine de Caen.

Au cours de La Tène finale (phase 4) l'enclos 6 double sa superficie et l'enclos 7 est installé. Cette phase correspond à l'implantation d'un nouveau mode de stockage, sous la forme de fosses rectangulaires de type cellier situées le long des fossés d'enclos. Une cave souterraine est aussi creusée à l'intérieur de l'enclos 7. Cette structure voûtée est aménagée dans la plaquette calcaire. L'accès s'effectue au sud par un escalier disposé à la perpendiculaire de la chambre. Au nord, une petite goulotte sert de conduit de ventilation et/ou de passage pour le déversement des denrées. L'ensemble offre un volume de stockage proche de 14 m3. Ce type de structure a longtemps été considéré comme une spécificité armoricaine. Néanmoins, ces dernières années, plusieurs sites de la Plaine de Caen en ont livré comme à Cormelles-le-Royal, Mondeville l'Etoile, Ifs ou Saint Martin-de-Fontenay. La cinquième phase, qui intervient à la fin de La Tène finale, se traduit par la modification et l'agrandissement de l'enclos 7. Les fossés de l'enclos 6 sont comblés, du moins
partiellement, quelques fours semblent en usage dans sa partie centrale. La phase de transition (-50/-30 av. J.-C.) constitue la dernière période d’occupation du site. L’occupation semble se replier vers le nord. Une dizaine de fours y sont implantés, la plupart d’entre eux sont installés dans le comblement terminal des fossés de l'enclos 6. Il s’agit de petits fours creusés en sape dans le sol et associant une chambre de chauffe circulaire de terre rubéfiée à une fosse de travail. L’usage de ces fours reste encore à clarifier. Une couche de limon brun sombre chargée en matériel divers recouvre la partie centrale de l'enclos 6. Elle pourrait résulter des rejets engendrés par cette dernière phase d'occupation.
L'espace entre les trois enclos, vide de structures, est interprété comme une zone de circulation. Sa partie ouest est occupée par une petite nécropole d'une trentaine de sépultures. Les quelques fibules qui y ont été découvertes offrent une datation qui s'échelonne de La Tène ancienne à La Tène finale. Une étude en laboratoire (G. Marie et A. Poirier) doit être entreprise, mais cette datation large laisse penser à une nécropole familiale. Un seul mode d’inhumation a été déterminé, à savoir l’inhumation en fosse individuelle et une décomposition du corps en espace colmaté. Les sépultures ne présentent pas toutes la même orientation et les individus sont inhumés dans des positions différentes. La répartition spatiale par sexe ou par âge ne montre aucune sectorisation et aucun mode de recrutement particulier. Une sépulture isolée, plus récente (50/30 av. J.-C.) est située dans le comblement terminal d'un fossé de l’enclos 7. Le site a livré un mobilier diversifié, un corpus instrumentum d'une cinquantaine d'objets (outillage, parure, serrurerie et quincaillerie), de rares rejets métallurgiques, quelques graines qui ont fait l'objet d'une analyse carpologique, et de la faune (étude en cours). L'ensemble céramique comprend 3556 tessons pour 231 formes. Outre l’étendue de la fourchette chronologique représentée, l'intérêt majeur de ce corpus réside aussi par la présence d'un lot assez conséquent de céramiques de la transition, assez méconnu dans la région. Une étude pétrographique (réalisée par A.-L. Manson en convention avec le service d'Archéologie du Conseil Général du Calvados) a été menée en parallèle de l'étude typologique de la céramique (A. Monnier).
L’analyse des pâtes montre des analogies avec les autres sites de la Plaine de Caen avec toutefois des similitudes plus marquées avec ceux du Bessin (secteur de Bayeux). L'intérêt tout particulier de cette étude réside dans l'analyse de l'évolution des pâtes céramiques de la transition avec la période gallo-romaine, travail encore inédit en Basse-Normandie.
Cette occupation s’intègre à l’étude du peuplement et de l’organisation spatiale protohistorique engagée depuis quelques années sur la Plaine de Caen notamment au travers des ensembles de Mondeville ou Ifs Object’Ifs Sud.